Tu regardes ton solde en fin de mois, tu vois un montant, et tu te dis que ça tourne. Sauf que ce montant ne dit rien de ce que tu as réellement gagné : il ignore ce que tes pièces t’ont coûté, il mélange une vente d’aujourd’hui avec un article acheté il y a des mois, et il compte encore des ventes qui ont été remboursées en partie. Le prix affiché sur une annonce, lui, n’est presque jamais ce qui atterrit sur ton compte. Résultat : beaucoup de vendeurs savent combien il est entré d’argent, mais pas quelles pièces leur rapportent — ni lesquelles leur coûtent.
Le prix affiché n’est pas ce que tu encaisses
Entre le prix écrit sur ton annonce et le montant qui arrive sur ton solde, il se passe plusieurs choses. Une partie de ce que paie l’acheteur ne t’a jamais appartenu : les frais de service et la livraison sont à sa charge, ils transitent sans passer par ta poche. À l’inverse, il t’arrive de prendre une partie du port sur toi, d’accepter une offre plus basse que ton prix, ou d’accorder un geste après réception. Et surtout, tu as payé la pièce — en friperie, en vide-grenier, ou en la rachetant à quelqu’un. Le prix affiché ne connaît aucune de ces lignes. C’est un prix d’étiquette, pas un gain.
Ce qu’il faut noter pour chaque pièce
- La date d’achat et le prix payé, port et frais compris s’il y en a eu.
- D’où elle vient : friperie, vide-grenier, don, ton propre dressing. Une pièce qui ne t’a rien coûté ne joue pas le même rôle qu’une pièce payée cher.
- La date de mise en ligne, pour savoir combien de temps elle t’est restée sur les bras.
- Le prix affiché le jour où elle part.
- Le montant réellement crédité sur ton solde — celui-là, et pas un autre.
- Ce qui s’est passé ensuite : rien, un geste, un remboursement partiel, un retour complet.
- Si elle est partie dans un lot, et avec quelles autres pièces.
Pourquoi raisonner par pièce et pas par mois
Le mois n’est pas une unité qui a du sens quand on revend. Ce que tu vends en août, tu l’as souvent acheté au printemps, parfois l’année d’avant. Un mois qui paraît excellent peut n’être qu’un mois où tu as liquidé du stock acheté trop cher : l’argent entre, mais tu as surtout transformé des vêtements en billets sans gagner grand-chose. La pièce, elle, est l’unité honnête : elle a un coût, une durée en ligne et un montant final. C’est en les regardant une par une que tu vois ce qui marche — telle marque, telle gamme de prix d’achat, tel type de vêtement — et ce que tu ne devrais plus racheter. Le total du mois reste utile pour surveiller ta trésorerie ; il ne te dira jamais quoi acheter samedi prochain.
Le retour partiel fausse tout
C’est là que la plupart des suivis se cassent. Un acheteur signale un défaut, tu t’arranges, une partie du montant lui est rendue. Le réflexe est de prendre le prix affiché et d’en soustraire ce que tu as rendu. Ça donne presque toujours un résultat faux, parce que tu pars d’un chiffre qui contenait déjà des éléments qui ne t’appartenaient pas, et que le remboursement ne porte pas forcément sur les mêmes éléments. La seule valeur solide est celle que tu peux lire à la fin : le montant net qui reste sur ton solde une fois le dossier clos. Même logique pour un retour complet — la vente n’a pas eu lieu, la pièce revient en stock, sa ligne repart à zéro et sa durée en ligne recommence. Et si le retour ne concerne qu’une pièce d’un lot, c’est cette pièce-là qui sort du lot, pas une soustraction sur le total.
Le lot, un prix pour plusieurs pièces
Le lot est l’autre grand casseur de suivi : un seul encaissement, plusieurs pièces qui quittent le stock en même temps. Si tu attribues tout le montant à l’une d’elles, tu obtiens une pièce en or et deux pièces parties gratuitement, ce qui va fausser toutes tes décisions d’achat suivantes. Il faut donc répartir le montant encaissé entre les pièces qui composaient le lot. Un exemple, avec des chiffres choisis au hasard pour l’illustration : trois pièces affichées 10 €, 20 € et 30 €, qui partent ensemble pour 45 €. Au prorata des prix affichés, elles portent respectivement 7,50 €, 15 € et 22,50 €. Ça se fait de tête, et chaque pièce garde un montant crédible en face de son prix d’achat.
Trois façons de répartir un lot
- Au prorata des prix affichés — chaque pièce reçoit une part du montant encaissé proportionnelle à ce qu’elle valait seule. C’est le choix par défaut, surtout quand les pièces ont des valeurs très différentes.
- Au prorata des prix d’achat — pertinent si ta vraie question est « est-ce que cet achat de départ était bon ? ».
- À parts égales — acceptable seulement pour un lot de pièces vraiment équivalentes, cinq tee-shirts de la même marque par exemple. Sur un lot dépareillé, ça déforme tout.
Ce que ce suivi n’est pas
Précision utile avant d’aller plus loin : ce dont on parle ici est un suivi personnel, un outil pour décider quoi racheter et à quel prix. Ce n’est pas de la comptabilité, et cet article ne dit rien de ce qui s’applique à toi en matière de déclarations ou d’obligations — cela dépend entièrement de ta situation, de ton volume et de ton pays, et cela se vérifie auprès d’un professionnel ou de l’organisme compétent, pas sur un blog. Le seul terrain sur lequel cet article s’engage est pratique : savoir ce que tes pièces t’ont coûté et ce qu’elles t’ont rapporté, c’est ce qui te permet de piloter tes rachats au lieu de les faire au feeling. Revenons au suivi.
Par où commencer sans tout reprendre
- Ne remonte pas en arrière. Ta ligne de départ, c’est aujourd’hui.
- Pour les pièces déjà en stock dont tu as oublié le prix d’achat, mets une estimation et signale-la comme telle. Ce prix-là est passé, rien ne viendra te le révéler : un chiffre approché et assumé y vaut mieux qu’une case vide. C’est le seul endroit où l’on estime — le montant encaissé, lui, s’attend, il ne s’invente pas.
- Une ligne par pièce, jamais une ligne par vente : une vente en lot touche plusieurs lignes.
- Complète la colonne « encaissé » à jour fixe, une fois par semaine par exemple. Tu ramasses du même coup les dossiers qui se sont clos entre-temps.
- Ajoute une colonne « durée en ligne ». C’est souvent elle qui révèle les pièces qui te prennent de la place et de l’attention sans jamais rapporter.
- Après quelques semaines, trie par gain réel. Le classement ne ressemblera pas à ce que tu imaginais.
La méthode en résumé
Note trois choses pour chaque pièce : ce qu’elle t’a coûté, quand elle est partie, et ce qui est réellement arrivé sur ton solde. Ne calcule jamais un gain à partir du prix affiché, surtout après un geste ou un remboursement — pars toujours du montant final, une fois le dossier clos. Répartis les lots entre les pièces qui les composaient, avec la même méthode à chaque fois. Et lis tes chiffres pièce par pièce, pas mois par mois : c’est la seule façon de savoir ce que tu dois racheter, et ce que tu ferais mieux de laisser sur l’étal.